décembre 25, 2005

N’être personne - Ajahn Sumedho

La première année que j’ai pratiqué, j’étais livré à moi-même et je pouvais entrer dans des états d’esprit hautement développés, ce que j’aimais beaucoup. Puis je suis allé à Vat Pah Pong, où l’accent est mis sur le mode de vie selon la discipline du Vinaya et la règle de vie. Là, chacun devait quêter sa nourriture chaque matin, participer aux chants récitatifs du matin et du soir. Si vous étiez jeune et en bonne santé, on attendait de vous que vous alliez faire de longues tournées pour aller quêter votre nourriture ; il y en avait de moins longues, réservées aux moines à la santé déclinante. En ce temps-là, j’étais très vigoureux et j’allais faire ces longues tournées dont je revenais fatigué ; ensuite il y avait le repas et, l’après-midi, nous avions toutes les tâches domestiques à faire. Il n’était pas possible dans ces conditions-là de rester concentré. La plus grande partie de la journée était occupée par la routine quotidienne.

Alors j’en eus assez de tout cela ; je suis allé voir Luang Pô Chah et je lui ai dit : « Je ne peux pas méditer ici. » Et il a commencé à se moquer de moi et à raconter à tout le monde « Sumedho ne peut pas méditer ici ! » J’avais expérimenté la méditation de la façon dont j’ai parlé tout à l’heure et je l’avais pleinement appréciée. Maintenant Luang Pô Chah insistait de manière ferme sur le côté ordinaire de la vie quotidienne, le fait de se lever tôt le matin, la tournée d’aumônes, le travail quotidien, les corvées domestiques ; tout cela servait à développer l’attention. Et Luang Pô Chah ne semblait pas du tout enclin à m’encourager dans mes penchants à me priver d’impressions sensorielles en n’accomplissant pas ces petites tâches quotidiennes. Il ne semblait pas être d’accord avec cela. Aussi ai-je fini par me conformer à cela et par apprendre à méditer dans la quotidienneté de la vie. Et, à la longue, c’est ce qui a été le plus utile.

Cela n’a pas toujours été ce que je souhaitais, tant il est vrai que l’on désire toujours quelque chose d’exceptionnel. On aimerait voir apparaître une lumière brillante, avoir de magnifiques états intérieurs en Technicolor, une béatitude incroyable, être transporté par l’extase... Cela ne nous suffit pas d’être content et calme, on veut aller plus loin que la lune.

Mais si l’on réfléchit à cette forme humaine, c’est simplement ainsi ; c’est être capable de rester assis calmement et de se lever calmement, d’être content de ce que l’on a ; c’est cela qui fait de cette vie, qui est une expérience de chaque jour, quelque chose de joyeux et non quelque chose qui fasse souffrir. Car c’est ainsi que nous vivons la plupart du temps : vous ne pouvez vivre dans des états extatiques de transport et de béatitude et faire la vaisselle, n’est-ce pas ? J’ai lu la vie de saints, qui étaient tellement emportés par leurs extases qu’ils ne pouvaient plus rien faire de pratique. Peut-être le sang avait-il jailli de leurs mains, ou s’étaient-ils arrangés pour que quelque chose d’extraordinaire se produise, mais à chaque fois que les choses en venaient à être pratiques ou réalistes, ils étaient incapables d’agir.

Cependant, quand on considère la discipline du Vinaya, on voit que c’est un entraînement de l’attention ; il faut de l’attention pour faire les robes, recueillir les aumônes de nourriture, pour manger, s’occuper de son kutî, pour savoir que faire dans telle ou telle situation. Ce sont des conseils très pratiques pour la vie quotidienne d’un moine. Un jour ordinaire de la vie du moine Sumedho ne consiste pas à entrer en extase mais à se lever, à aller aux toilettes, à enfiler ses robes, à se laver et à faire ceci ou cela ; c’est bien d’attention dont il s’agit quand on vit selon cette convention et que l’on apprend à s’éveiller à la manière dont les choses sont, au Dhamma.

C’est pour cela que chaque fois que l’on contemple la cessation de la souffrance, on ne cherche pas la fin du monde mais juste la fin d’une expiration ou la fin du jour, la fin d’une pensée ou d’une impression. Pour se rendre compte de tout cela, il nous faut être attentifs au flux de la vie, nous devons vraiment nous rendre compte de comment est la vie plutôt que d’attendre quelque expérience fantastique de lumière merveilleuse descendant sur nous ou nous foudroyant ou bien quoi que ce soit d’autre.

Maintenant contemplez juste votre respiration ordinaire. Vous noterez que quand vous inhalez l’air, il est facile de vous rassembler. Quand vous remplissez vos poumons, vous avez une sensation de croissance, de développement et de force. Quand vous dites que quelqu’un est prétentieux, c’est qu’il est probablement en train d’inspirer. C’est difficile de se sentir important quand on expire. Gonflez votre torse et vous avez l’impression d’être quelqu’un de grand et puissant. Cependant, la première fois que j’ai prêté attention à l’expiration, mon esprit ne semblait pas aussi important qu’à l’inspiration, on faisait juste ceci pour pouvoir arriver à l’inspiration suivante.

Maintenant, réfléchissez. On peut observer la respiration. Qu’est-ce qui peut observer ? Qu’est-ce qui observe et connaît l’inspiration et l’expiration ? Ce n’est pas la respiration, n’est-ce pas ? Vous pouvez aussi observer l’état de panique dans lequel on est quand on ne peut pas inspirer ; mais l’observateur, celui qui sait, n’est pas une émotion, n’est pas atteint de panique, ce n’est pas une expiration ou une inspiration. Ainsi notre refuge dans Bouddha, c’est d’être cette connaissance ; d’être le témoin plutôt que l’émotion, ou la respiration, ou encore le corps.

Alors vous commencez à voir une manière d’être attentif, de porter de l’attention aux choses faisant partie de la routine et aux expériences de la vie. Dans ma chambre, j’ai une jolie petite reproduction que j’aime beaucoup : un vieil homme tenant une tasse de café à la main, regardant par la fenêtre un jardin anglais, sous la pluie qui tombe. Le titre est « L’attente ». C’est ainsi que je me vois ; un vieil homme tenant sa tasse de café, assis à la fenêtre, attendant, attendant. regardant tomber la pluie ou regardant le soleil. Je ne trouve pas cette image déprimante mais plutôt paisible. Cette vie parle d’attente, n’est-ce pas ?...

Ajahn Sumedho

Association Bouddhique Theravâda
c/o Michel Henri Dufour, 22 rue de la Grange Aubel, 71000 SANCÉ - Tél. : 03 85 20 14 42
http://perso.club-internet.fr/mhd-abt/vivekarama

juin 19, 2005


Bouddha Posted by Hello

juin 11, 2004

Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort.

Nouvelle édition augmentée. Octobre 2003.
Editons de La Table Ronde.

SOGYAL RINPOCHE est né au Tibet où il fut élevé comme son fils par l'un des plus grans maîtres spirituels de ce siècle, Jamyang Khyentsé Chökyi Lodrö. Au début de l'occupation du Tibet par les Chinois, il partit en exil avec son maître qui s'établit alors au Sikkim, dans les Himalayas.

   Après des études universitaires à Delhi (Inde) et à Cambridge (Grande-Bretagne), il accompagna, en qualité de traducteur, les plus grands maîtres du bouddhisme tibétain venus pour la première fois en Occident. En 1974, il commença lui-même à enseigner.

   C'est quelque vingt années en Occident lui ont permis d'acquérir une profonde compréhension de l'esprit occidental. Aussi sait-il communiquer au monde d'aujourd'hui les qualités toujours actuelles de l'ancienne sagesse du Tibet. Ses enseignements, et notamment ceux liés au Bardo Thödol (le Livre des Morts tibétain), lui ont valu une réputation et une autorité inconstestées.

mai 27, 2004

La grande paix naturelle

Sogyal Rinpoché

En occident, nous n'avons pas le temps parce que nous le perdons.

Sogyal Rinpoché

mai 25, 2004

Inviter la grâce

Placide Gaboury

mai 14, 2004

Vivre à la lumière de la mort, de la vieillesse et de la maladie

L' AUTEUR
Larry Rosenberg, universitaire américain, est né en 1932 à New York. Issu d’une famille juive d’origine russe et élevé par un père marxiste et athée, il s’est tourné vers le bouddhisme et a créé le Cambridge Insight Meditation Center (Massachusetts).


Résumé du livre
Si nous sommes tous, sans exception, concernés par le vieillissement, la maladie et la mort, rares sont ceux qui, en Occident, aiment à y réfléchir et font à ce sujet de méditation une place dans leur existence. A cet égard, notre civilisation se montre particulièrement fautive. Elle place la jeunesse et l’apparence sur un piédestal, nous invite à reléguer les malades dans les hôpitaux, les vieillards dans les maisons de retraite, pour mieux nous consacrer à l’acquisition de biens matériels, de connaissances, de relations, d’amis qui ne servent qu’à façonner en nous la perception de notre « moi ».
Or le bouddhisme, qui a toujours considéré comme suprême la méditation sur l’aspect périssable de la vie, ne cesse de le rappeler : s’attacher aux biens de ce monde, comme à l’idée que nous nous faisons de notre « moi », est source de souffrance. A l’inverse, mourir dès à présent à nos attachements pour ne pas avoir à le faire plus tard nous aidera à moins redouter la mort lorsqu’elle se présentera. Davantage encore, cette conscience de la fin peut nous apporter la sérénité tout en nous rendant la vie plus précieuse, plus riche — d’où le titre du livre.
 Très accessible et fondé sur des exercices pratiques, cet ouvrage, qui propose divers sujets de méditation inspirés des rencontres de Bouddha avec un vieillard, un malade, un mort et un moine, s’adresse avec tolérance à un large public.

" C'est en apprenant l'art de vivre - comment maîtriser l'instant présent - que nous découvrirons l'art de mourir. "
S.N. Goenka

Page 26
Dans ces pays (Thaïlande, Sri Lanka, Birmanie), le Maranasati - éveil de la conscience de la mort - est une pratique courante et hautement respectée.

Page 29
La pratique du bouddhisme vise à nous libérer, à nous rendre plus conscients, à nous élever à l'ultime stade du nirvana. La mort disparaît alors car nous l'avons totalement intégrée. Nos souffrances sont dues à l'attachement que nous portons à tout ce que nous devons finalement abandonner à notre mort.

Page 30
Bouddha propose cinq thèmes de méditation et recommande d'y recourir fréquemment :

  1. Je suis soumis au vieillissement. Le vieillissement est inévitable.
  2. Je suis soumis à la maladie. La maladie est inévitable.
  3. Je suis soumis à la mort. La mort est inévitable.
  4. Je deviens autre si je prends des distances vis-à-vis de ce qui m'est cher et me séduit.
  5. Je suis le maître de mes actes, l'héritier de mes actes, je suis né de mes actes, je vis sous la dépendances de mes actes. Quoi que je fasse, en bien ou en mal, j'en porte l'héritage.

Page 31
Dans les pays asiatiques où le bouddhisme est implanté depuis des siècles, la méditation sur la mort est une ancienne et vénérable tradition pratiquée par de très nombreuses personnes.

Page 32
Admettre que nous ne sommes pas éternels peut devenir un facteur d'éveil extrêment motivant. En pali, ce phénomène est appelé samvega, ou " urgent besoin de méditer ", provenant d'une prise de conscience que la vie est périssable.

Page 37
Le premier messager.
Je suis sujet au vieillissement. Le vieillisement est inévitable.

Page 43
Evoquant les divers phénomènes qui peuvent naître dans notre corps et notre esprit, Bouddha utilise le mot pali vedana, traduit généralement par " sensations ".

Page 49
Un juste équilibre
On peut aborder le problème du vieillissement par une autre voie, plus indirecte, notamment par une méditation sur les laideurs de notre corps - que l'on appelle asubha.
Le but n'est de nous dégoûter de notre corps mais de faire contrepoids à un attachement excessif à son égard.

Page 51
Il convient d'adopter une voie médiane : ne pas vénérer le corps, ne pas non plus l'ignorer.

Page 67
Le deuxième messager.
Je suis sujet à la maladie. La maladie est inévitable.

Page 89
L'essentiel est de réaliser que la douleur fait partie intégrante de la vie. Nous consacrons beaucoup d'énergie à fuir, ce qui est une entreprise vaine car elle nous rattrape toujours d'une manière ou d'une autre.